Lausanne: Pourquoi la cause animalière est-elle désormais incontournable ?

Vache Laitière Suisse

P/ Arslan Zoheir  Bouchemal -Genève-

Free News Online a eu le plaisir de rencontrer Madame Isabelle Mayor, vice-présidente de la récente association Lausannoise « ANIMAE ». De cet entretien que Madame la vice-présidente d’ANIMAE, nous a accordé dans ses locaux à Lausanne, et avec beaucoup d’amertume, elle nous étale ses soucis, son engagement et sa préoccupation dans la défense des droits des animaux en Suisse. Cependant, Madame Mayor donne un constat houleux et effroyable, et qui donne vraiment froid au dos. Une situation critique qui ne trouve toujours pas d’issue pour améliorer le quotidien des pauvres bêtes. Notamment, lorsque la question est relative aux traitements que reçoivent les animaux dans les porcheries, les bergeries et autres lieux d’élevages.

L’autre question qui préoccupe les militants de la cause animalière, consiste principalement et surtout dans les abattoirs, où l’abattage des bêtes n’est pas tout a fait conforme aux règles et aux respects des animaux. La vice-présidente étale point par point les failles du système mis en place, et le rôle de la sensibilisation dans la prise de consciences des consommateurs et de tout les citoyens et les citoyennes. l’implication de la société civile dans le débat et le combat est une nécessité pour sauver notre honneur face à ces pauvres bêtes sans défense.

L’implication puis l’engagement de Madame Mayor dans le mouvement Lausannois pour le respect, la défense et la protection des animaux, explique-t-elle, « est primordial et de première ordre ». La cause animaliere dit-elle, »ne cesse de prendre de l’ampleur à travers tout le pays ».

Pour la vice-présidente d’ANIMAE, cette engagement n’est pas fortuite, c’est le résultat d’une longue réflexion. Bien au contraire Madame Mayor, occupe presque tout son temps, dans la sensibilisation, la concertation et l’information du citoyen. La cause animalière est dorénavant pour Madame Isabelle Mayor, son principal cheval de bataille, son combat préféré et sa cause de vivre. 

Porcherie

Q. Pouvez-vous nous parler de votre association ANIMAE et des buts qu’elle s’est donnés ?

Isabelle Mayor: ANIMAE est l’acronyme de « Association pour Normes Interdisant toute Maltraitance envers les Animaux d’Elevage », à lui seul il exprime les buts de notre association. Concrètement nous nous sommes constitués en association pour avoir plus de chance d’être entendus par les pouvoirs publics et politiques.

 Nous sommes en contact avec d’autres associations de terrain qui filment et dénoncent les conditions d’élevage, d’abattage et de transport du bétail dans notre région. Ces vidéos mettent en lumière une réalité sordide et sont souvent relayées par les médias, générant une vague de prise de conscience chez les consommateurs qui réalisent alors que les animaux de rente élevés en Suisse ne bénéficient pas des conditions idéales que les publicités nous montrent à la télévision et que les politiciens vantent lors des rares interventions sur le sujet au Parlement fédéral.

 Dans les faits, la plupart des animaux destinés à la boucherie ne voient jamais la lumière du jour ni le moindre brin d’herbe.

Il est extrêmement difficile de savoir en Suisse quels sont les pourcentages d’animaux d’élevage qui ont un accès à un espace naturel et extérieur. Pour les cochons, clairement les plus mal lotis, on estime ce chiffre à moins de 0.5%. Nous dénonçons un manque de transparence dans toute cette filière carnée.

Animal de ferme

Qu’on est-il de la tracabilité des produits et des Labels?

Les labels sont aussi trompeurs : des logos représentés par un sympathique insecte ou une silhouette entourée de fleurs et de papillons laissent croire que les animaux sont bien traités et élevés dans un milieu naturel : pour l’immense majorité, ce n’est pas le cas. Personne n’a l’idée de la souffrance des cochons – qui ont le droit depuis septembre 2018 à 0.9 mètre carré par animal (jusque-là 0.65mètre carré était encore autorisé par la loi) – qui, entassés, vivent l’enfer, notamment lors des canicules estivales en constante augmentation. Cet animal est pourtant proche de nous et aussi intelligent que l’est un chien. Personne ne laisserait son compagnon à quatre pattes dans de telles conditions d’insalubrité et de promiscuité ! Alors pourquoi autorise-t-on de telles conditions de détention pour ces animaux ?

Qui sait que la loi n’octroie à une poule non labellisée que la surface d’une page A4 ?

Qui pourrait soutenir la vue de l’abattage de centaines d’animaux à l’heure, qui crient et se débattent en glissant dans le sang de leurs congénères ? Qui sait qu’en Suisse on abat annuellement plus de 70 millions d’animaux pour notre propre consommation et que ce chiffre se monte à plus de 50 MILLIARDS d’animaux terrestres par an dans le monde et plus de 1000 MILLIARDS d’animaux marins ? Ces chiffres sont vertigineux… C’est une pure folie.

Abattoir

Q. Ce problème semble mondial, que revendiquez-vous concrètement à notre niveau ?

IM. Pour nous il est essentiel que les gens soient informés de la réalité et des conséquences de la consommation de viande et de produits animaux. Expliquer aussi que les études actuelles en éthologie révèlent que les animaux sont plus proches de nous que nous l’imaginions jusqu’ici : comme nous, ils ressentent non seulement la douleur mais aussi des émotions telles que la joie, la tristesse, l’affection, la peur… Ces informations sont essentielles pour que chacun puisse décider de sa consommation de chaire animale, en son âme et conscience.

Ce qui est certain c’est que si l’on veut pouvoir continuer à manger de la viande 1-2 fois par jour, l’industrialisation est inévitable, ce qu’aucun consommateur censé et sensible ne souhaite. Pour que l’élevage soit « respectueux » et ait un impact réduit sur l’environnement, il ne faudrait pas en consommer plus de 2-3 fois par mois.

Concrètement, nous avons pris contact avec le Conseiller d’Etat en charge du Département responsable des affaires vétérinaires, M. Leuba, qui au lendemain du énième scandale porcin révélé en août 2017, avait pris des mesures exemplaires que nous saluons.

Il nous a reçus de manière très ouverte et actuellement nous sommes toujours en contact avec son service pour mener à bien des concertations qu’il est encore prématuré d’évoquer ici.

Viande de boeuf

Qu’on est-il du consommateur alors?

En résumé, ce qui nous tient à cœur est que le consommateur puisse avoir des informations sur ce qu’il achète, qu’il sache d’où provient sa viande, comment l’animal a été traité et nourri. Si pour nous c’est un pas en avant pour les animaux de boucherie, c’est aussi important pour le client de savoir ce qu’il va manger. A titre d’exemple: Lorsque vous achetez un appareil électro-ménager ou une ampoule, grâce à une étiquette de couleur qui va de A à G, vous savez si vous êtes éco-friendly ou pas. Pour la viande c’est mission impossible. Le consommateur ignore complètement si l’animal a été nourri avec du fourrage suisse ou importé, s’il a reçu des médicaments et des antibiotiques –presque inévitables dès qu’un élevage dépasse quelques dizaines de têtes- s’il a pu sortir ou s’il a été élevé de manière concentrationnaire, ni quels produits ont été rajoutés pour donner plus de masse et une belle couleur à sa chair.

Tête de porc

Nous aimerions que les contrôles dans les élevages soient bien plus fréquents, opérés par des acteurs neutres et accompagnés d’associations de protection des animaux, qu’ils soient tous inopinés et non pas annoncés comme c’est la plupart du temps le cas aujourd’hui. Nous souhaiterions également que les abattoirs ouvrent leurs portes pour que chacun puisse aller voir comment ça se passe. On nous répète assez que tout est bien en Suisse. Ce n’est pourtant pas ce que de trop nombreuses images montrent. Et si tout est conforme et si bien, pourquoi le cacher ?

Enfin, nous aimerions plus de clarté dans les chiffres ; au niveau des labels, au niveau des programmes de labellisation, au niveau de l’impact réel de l’élevage sur l’environnement en termes d’émissions de gaz à effets de serre, mais aussi sur les sentences dont écopent les éleveurs qui ont enfreint la loi (souvent dénoncés par des associations ou fondations « lanceuses d’alerte »), peines qui nous semblent ridicules au regard de la souffrance infligée à leurs bêtes.

Veau

Y’ a-t-il une quelconque concertation avec les pouvoirs public sur la question animalière ?

ANIMAE relaie aussi des initiatives et des actions plus larges en vue de modifier les ordonnances fédérales que nous estimons minimalistes sur la question de la bientraitance animale. Les lois, les normes et les ordonnances étant décidées à Bernes, nous nous adressons, dans la mesure de nos possibilités – encore limitées – à des parlementaires fédéraux.

Dans le fond, notre association privilégie la concertation : pour nous il est essentiel de réunir les divers acteurs de la filière carnée autour d’une table, mais aussi les services publics, le politique, les fédérations de consommateurs et peut-être à terme la grande distribution qui est une des pierres angulaires de cette problématique.

Sachant que depuis la deuxième guerre mondiale, la consommation de viande a été multipliée par 5 ! On n’est plus dans une agriculture comme elle se faisait à l’époque de nos grands-parents. Aujourd’hui l’animal est devenu un objet : il doit être rentable et on le modifie toujours plus dans ce sens.

Troupeau de moutons

Mais là où vous avez raison, c’est qu’en effet, le problème est mondial !

Même si notre association tente d’intervenir localement au niveau de notre canton, je trouve qu’il est toujours pertinent de donner quelques chiffres/faits qui montrent bien quelle est l’urgence de réagir et qu’il est impératif de baisser voire de stopper notre consommation de produits animaux.

• Plus de 65% des terres arables dans le monde sont utilisées soit pour cultiver des céréales destinées au bétail, soit pour le bétail lui-même. • Pour ce faire on déforeste 40’000 stades de foot par jour !

• L’élevage émet principalement du méthane (CH4) et du protoxyde d’azote (N2O), de puissants gaz à effet de serre. Si l’on continue au rythme actuel on estime qu’en 2050 l’élevage sera responsable de 80% des émissions de gaz à effet de serre, principaux responsables du réchauffement climatique.

• Il faut 15’000 litres d’eau pour produire 1 kg de bœuf, contre 300 litres /1kg de légumes *

• 735 milliards de tonnes de céréales sont consommées chaque année dans le monde par le bétail

• Si les consciences n’évoluent pas, on attend une augmentation de 70% de la consommation de viande dans les prochaines années principalement due aux pays émergents.

• Un veau a une espérance de vie de 15-20 ans, il est abattu après 1-24 semaines • La pêche rejette en mer 70% de ses prises. Un poisson agonise entre 25 minutes et 4 heures

• Tandis qu’une vache produirait naturellement environ 4 litres de lait par jour, une vache laitière en produit en moyenne 28 par jour sur une période de 10 mois et jusqu’à 60 en période de pic de lactation

• Une consommation de viande telle qu’actuelle est cancérogène et a pour effet d’augmenter la prévalence des affections suivantes : cancers (colon, prostate, intestin, rectum), maladies cardio-vasculaires, hypercholestérolémie, obésité, hypertension, ostéoporose, diabète de type 2, altération des fonctions cognitives, calculs biliaires, polyarthrite rhumatoïde alors que contrairement à une idée reçue, il est désormais établi que les produits d’origine animale ne sont pas indispensables à la santé humaine.

Ces chiffres montrent bien que cette consommation effrénée ne fait plus de sens. L’animal que nous mangeons, qui ne jouit d’aucune vie digne de ce nom, est un intermédiaire dont on devrait se passer. Sans tout ce bétail, on pourrait utiliser les terres cultivables pour planter des végétaux afin de nourrir les humains.

Porcherie

Quel conseil donneriez-vous aux consommateurs ?

Manger moins de viande ou la supprimer de son assiette reste le geste le plus simple pour celles et ceux qui souhaitent réduire leur empreinte sur l’environnement.

Sous nos latitudes durant les dernières décennies on a accordé des droits – enfin et de manière complètement légitime – aux femmes, aux enfants, aux travailleurs, aux homosexuels, aux prisonniers, aux animaux domestiques. Pendant cette même période les animaux de rente ont vu leur situation se péjorer et se détériorer de façon catastrophique, les réduisant à l’état de choses.

Alors, que ce soit pour des raisons écologiques, humaines, de santé publique ou éthiques, il est grand temps de repenser notre relation aux animaux et le respect que nous leur devons.

Source* https://waterfootprint.org/en/water-footprint/product-water-footprint/water-footprint-crop-and-animal-products/

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